Le Cinéma cubain
La
première projection cinématographique
a eu lieu en 1897 à La Havane. Le premier tournage a aussi eu
lieu dans cette ville la même année, il s’agissait d’un
documentaire sur les pompiers par Gabriel Veyre, un Français. Les
premiers longs métrages cubains furent des adaptations cinématographiques
d’œuvres littéraires, des imitations de Chaplin, de comédies françaises
ou de westerns. Un des premiers films importants fut El Capitan Mambí
(1914), un film historique sur la Guerre d’indépendance cubaine. La
production cubaine de films muets s’étendit jusqu’à 1937.
Jusqu’en 1959 (avant la Révolution), plusieurs producteurs du
continent venaient filmer à La Havane, et plusieurs acteurs cubains
allaient à l’étranger. En 1959 (triomphe de la Révolution), le
nouveau gouvernement créa un département cinématographique dans la
Direction de la culture de l’exercice rebel. Ce département se
transforma quelques mois plus tard en un institut : l’Institut
cubain de l’art et de l’industrie cinématographique (ICAIC). Cet
institut, à son tour, créa la Cinématèque de Cuba. Dans les années
1960, il y eut beaucoup d’innovations dans la forme et dans la
conception cinématographique, ce qui reflète la réalité changeante
de l’époque. Les années 1970, par contre, furent plus grises, et ce
pour tous les domaines artistiques. Les autorités socialistes
imposaient alors une lourde rigidité idéologique, ce qui produisit la
diminution de l’effervescence créative des années 1960. Dans les années
1980, les autorités furent plus indulgentes et reconsidérèrent les
limites qu’ils avaient alors imposées dans la liberté
d’expression. Les longs métrages produits dans ces années sont
d’une tendance populiste. Ils illustrent ou exposent tout simplement
la réalité. En 1988, l’ICAIC créa les Groupes de création (trois
au total), dirigés par Alea, Solás et Manuel Pérez. Ces groupes
avaient pour buts communs de regrouper les créateurs selon leurs afinités,
de décentraliser l’ensemble de la production, de favoriser la variété
de styles et de stimuler un climat plus ouvert pour le travail
artistique. Les années 1990 sont marquées par le Periodo Especial, une
crise économique survenue après l’effondrement de l’URSS et du
Bloc de l’Est, les plus importants partenaires économiques de Cuba.
Le gouvernement cubain augmenta donc le rationnement et tout le pays
subissait régulièrement des manques d’essences et des pannes de
courant. On vit alors la nécessité de trouver du financement à l’étranger
et de faire en sorte que les productions cinématographiques soient
rentables. La plupart des productions devinrent donc des co-productions
avec des partenaires étrangers. Les autorités continuèrent leur
ouverture idéologique et la production d’un long métrage considéré
comme une critique du gouvernement castriste fut autorisée, il s’agit
de Fresa y Chocolate.
Fresa
y Chocolate est une co-production de Tomás Gutiérrez Alea et de Tabío.
Tomás Guitiérrez Alea est un des cinéastes les plus remarqués dans
l’histoire du cinéma cubain et latino-américain. Sa première œuvre
est un documentaire (El Mégano, 1955). Il se dédia principalement au
long métrage fictif (qui n’est pas historique ni réel) tout en
faisant quelques documentaires. Son long métrage le plus cité, Fresa
y Chocolate, fut nominé pour un Oscar. Il nous illustre la
rencontre d'un homme hétérosexuel et d'un home homosexuel. Tout en
critiquant la société cubaine discriminatoire envers les homosexuels,
ce film nous donne de l'espoir en nous racontant l’évolution
psychologique du personnage hétérosexuel qui peu à peu se délaisse
de ses préjugés envers l'homosexualité et réussit à bâtir une
relation d’amitié avec l’homme homosexuel.
Un
autre cinéaste cubain important est Humberto Solás, né en 1941. Il
commença sa carrière cinématographique en 1960, il travaillait alors
pour l’ICAIC comme producteur et assistant à la direction.

Il a réalisé
plusieurs documentaires et longs métrages fictifs, comme Tómas Guitiérrez
Alea. Il a dédié plusieurs de ses films à la femme cubaine, dont un
que j’ai visionné : Retrato de Teresa (1979). Ce film
raconte l’histoire d’un jeune couple de cette époque. Teresa est
une femme accomplie qui travaille dans une usine de textile, élève ses
enfants avec succès et reste souvent tard à son travail afin de monter
une troupe de danse folklorique. Cette dernière occupation est sa véritable
passion et elle rêve de pouvoir faire carrière dans ce domaine. Son
mari pourrait être décrit comme étant macho. Il n’apprécie guère
que sa femme ait des loisirs et la réprimande souvent. Il ne participe
pas aux tâches ménagères. Tout au long du film, on nous décrit la
vie conjugale de Teresa. Ce film critique la société cubaine de
l'époque, qui encourageait le machisme des hommes dès leur naissance
et ainsi le sexisme et la discrimination envers les femmes.
Le
cinéma cubain ne se compose pas uniquement de longs métrages. Les
documentaires et les courts métrages y occupent une place très
importante, puisque le gouvernement produit beaucoup de documentaires
historiques, même dans les écoles, on se sert de documentaires pour
enseigner. Les dessins animés, quant à eux, sont très populaires chez
les petits et les plus grands. Sur la chaîne nationale, on peut souvent
voir les créations de Juan Pádron, un célèbre réalisateur de
dessins animés. Il amorça sa carrière en 1974 avec deux productions
mettant en vedette son fameux personnage : Elpidio Valdés.
L’humour est toujours présent dans son œuvre. Il a fait une série
appellée Filminutos (dessins animés de courte durée) où l’humour
noir est omniprésent. En collaboration avec Joaquín Lavado (Quino), il
fit la série Quinoscopios (dans le même genre que Filminutos, elle est
une adaptation muette animée des bandes dessinées de Quino) ainsi
qu’un long métrage de Mafalda.
